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Mémorial de Ravensbrück

Visite du Mémorial de Ravensbrück : à la mémoire de mon arrière-grand-mère


Mon arbre généalogique - 10 générations


Cette semaine, j'ai visité le mémorial du camp de concentration de Ravensbrück où mon arrière-grand-mère a été gazée en février 1945, Une expérience unique, chargée d'histoire et de mémoire familiale qui marque certainement un jalon dans ma vie d'être humain.

C'est cette visite que je partage maintenant avec vous.

Comme vous le savez, je pratique chaque été le voyage généalogique : je profite des vacances pour visiter des lieux de vie de mes ancêtres, des centres d'archives éloignées de mon domicile ou rencontrer des cousins généalogiques.
Cette année, j'ai enfin pris le temps (ou le courage... soyons honnête) de me rendre dans l'un des endroits les plus sensibles de mon histoire familiale. Je ne le regrette vraiment pas.

Le contexte historique

Le camp de Ravensbrück

Le camp de concentration de Ravensbrück, situé près du village de Ravensbrück, au nord de Berlin, en Allemagne, fut l'un des principaux camps de concentration nazis destinés principalement aux femmes. Il a été construit en 1938 et a ouvert ses portes en mai 1939. Conçu initialement pour accueillir environ 6 000 détenues, le camp en a finalement hébergé jusqu'à 132 000 au cours de son existence.

Ces femmes provenaient de plus de 30 pays différents, et un grand nombre d'entre elles étaient des résistantes, des prisonnières politiques, des Roms, des Témoins de Jéhovah, ainsi que des personnes accusées de crimes sociaux ou raciaux selon les critères nazis.

Des milliers de femmes y perdirent la vie, gazées. De plus, de nombreuses détenues furent exécutées par fusillade ou pendaison.
La mortalité était extrêmement élevée en raison des conditions de vie inhumaines, du travail forcé, des exécutions et des expérimentations médicales.

Mérmorial de Ravensbrück - Maquette du camp de Ravensbrück

Le camp de Ravensbrück fut libéré par l'Armée rouge le 30 avril 1945. À ce moment-là, environ 15 000 détenues y étaient encore présentes, dont beaucoup dans un état de santé plus que critique.

Depuis juin 2019, les archives du camp de Ravensbrück sont accessibles sur le site "Witnessing genocide". C'est sur ce site que j'avais trouvé l'enregistrement de l'arrivée de mon arrière-grand-mère dans un convoi venu de France.

La déportation de mon arrière-grand-mère, Charlotte Elisa NOLLEVAUX

Mon arrière-grand-mère, Charlotte Élisa NOLLEVAUX a été capturée, ainsi que son mari, Albert Armand LEPRINCE, à son domicile, le 27 juillet 1944 par la Gestapo pendant la rafle de Loches. Ils étaient tous deux sur une liste de personnes dénoncées pour avoir un lien avec la résistance.

Mérmorial de Ravensbrück - Charlotte Elisa Nollevaux

Nous pensions, dans la famille, que l'engagement de leur dernier fils, qui avait effectivement rejoint le maquis à cette époque, expliquait cette dénonciation. Mais, depuis, j'ai retrouvé des documents qui montrent leur propre implication dans la résistance locale. Ce qui explique la reconnaissance de 'Déportés résistants' qui leur sera accordée par décision ministérielle du 31/3/1954.

À la fin de cette journée de rafle, 64 personnes dont 6 femmes seront emprisonnées à Tours et intégrées à un groupe de prisonniers venus de Rennes par convoi ferroviaire. Le convoi repart de La ville aux dames le 10 août vers Belfort. C'est à Belfort qu'elle est séparée de son mari. Charlotte est ensuite transférée de Belfort, le 1ᵉʳ septembre, et arrive à Ravensbrück le 4 septembre 1944 au côté de 218 autres prisonnières. Le matricule 62900 lui est attribué.

Ravensbruck- Photo du camp

Elle est gazée le 15 février 1945 (ce que me confirme le dossier transmis par les archives de la croix rouge). Elle avait 57 ans.

Mon arrière-grand-père est, lui, décédé au camp de Neuengamme (près de Hambourg) le 20 novembre 1944 d'une dysenterie (selon les documents retrouvés).

Ma visite du Mémorial de Ravensbrück

L'arrivée à Ravensbrück

Je suis arrivé dans la petite ville de Ravensbrück pendant la nuit après une journée de route. Le lendemain matin, j'ai tout de suite été choqué par l'atmosphère paisible de cette petite ville tout à fait charmante, au bord d'un lac et entourée de forêts. Une petite ville où les gens sont accueillants et très gentils... ils savent vraisemblablement que les visiteurs étrangers viennent pour le mémorial et ont un lien avec les victimes.
Un vrai contraste avec l'idée que je m'étais faite des environs du camp.

Le camp est aujourd'hui très proche de la ville. Le chemin pavé qui mène de la gare au camp, emprunté par les prisonnières, est marqué de stèles et de sculptures.

Même sentiment de calme dès le parking du Mémorial... la nature, forêt et lac, tout est propre, dénué de tout artifice, pratiquement minimaliste. Je me suis senti happé par le lieu et son histoire tragique.

Mérmorial de Ravensbrück - Le parking

L'entrée du Mémorial est gratuite. Une petite urne permet aux visiteurs de faire des dons. Pour ma part, j'ai acheté l'accès à une App "Guide Audio" en français sur mon téléphone et un plan du site. Le tout pour 3 euros. Le guide audio en français est parfait si vous ne maitrisez pas l'allemand et l'anglais... il apporte même des bonus : témoignages, informations complémentaires, endroits à visiter...

Ensuite, je me suis laissé guider pour 4 heures de visite.

L'exposition dans la Kommandantur

Mérmorial de Ravensbrück - La Kommandantur

La visite commence par la place d'arme et la kommandantur qui se trouvent à l'extérieur de l'enceinte du camp. C'est dans ce bâtiment, ancien siège de la direction SS du camp, que se trouve depuis 2013 l'exposition permanente "Le camp de concentration des femmes de Ravensbrück - Histoire et souvenirs".

Sur deux étages, chaque pièce apporte un éclairage sur l'histoire du camp et aborde tous les aspects de la vie (et de la mort) des détenus. Là aussi, le minimalisme ambiant donne la première place à l'information et à l'émotion.
L'exposition est présentée en allemand et en anglais, mais l'App donne toutes les informations en français pour chaque pièce.

Mérmorial de Ravensbrück - Exposition 1
Mérmorial de Ravensbrück - Exposition 2
Mérmorial de Ravensbrück - Les lits
Mérmorial de Ravensbrück - Exposition vêtements
Mérmorial de Ravensbrück - L'esclavagisme

L'enceinte du camp de Ravensbrück

Ensuite, direction le camp en lui-même. Une énorme enceinte (je ne m'attendais pas à si grand) qui donne avec effroi une idée du nombre de prisonnières. 

Près de la porte principale se trouve la place d'appel et de sélection. C'est là que les nombreux appels journaliers avaient lieu, à toute heure, Quel que soit le temps.

Mémorial de Ravensbrück - La place d'appel et de sélection

La sélection consistait à regrouper les prisonnières les plus faibles, les plus malades et à les envoyer vers la mort. Il était inutile pour les nazis de continuer à nourrir des prisonnières qui ne pouvaient plus être exploitées dans les ateliers et usines locales. 

Les témoignages des survivantes nous apprennent que la destination finale était connue des prisonnières... Je pense avec horreur à ces moments de barbarie.

Charlotte, âgée de 57 ans, épuisée ou malade, a été "sélectionnée" le 15 février 1945... Paris était libéré depuis 6 mois et le camp allait être libéré 2 mois plus tard.

Les baraques

Ensuite, direction les emplacements des baraques où étaient entassées les prisonnières. Malheureusement, aucune baraque n'est visible aujourd'hui. Mais grâce aux fondations, aux photographies anciennes et croquis des survivantes, il est possible de se faire une idée des conditions de survie et d'hygiène des prisonnières.

Mémorial de Ravensbrück - Illustration Violette Lecoq
Mémorial de Ravensbrück - Emplacements des baraques

Les ateliers

Ravensbrûck était un camp de travail. Les prisonnières étaient exploitées jusqu'à la mort pour produire et participer à l'effort de guerre de l'Allemagne nazi. Il faut comprendre que l'absence de nourriture, d'hygiène, de sommeil étaient le quotidien des prisonnières, au même titre que la maladie, la violence et la peur.

Au fond du camp, nous pouvons visiter les ateliers ou une partie des prisonnières étaient exploitées à différentes tâches. Les plus chanceuses travaillaient à l'intérieur, d'autres à l'extérieur par exemple pour du terrassement ou de la construction.

Mémorial de Ravensbrück - Ateliers

Autre destination pour les plus robustes ou plus qualifiées (et donc celles qui avaient le plus de chances de survivre), les ateliers des usines locales qui employaient cette main d'œuvre gratuite, pour l'effort de guerre.

Le crématoire et la chambre à gaz

Enfin, j'ai terminé ma visite par le crématoire... qui a vu passer tant de victimes.
Un endroit poignant, lieu de mémoire ultime, orné de fleurs déposées par les visiteurs.

Mémorial de Ravensbrück - Le crématoire

Comme dans beaucoup d'autres camps d'extermination, la chambre à gaz n'est plus visible aujourd'hui. Il s'agissait d'une petite bâtisse en bois localisée près du crématoire. On pouvait y tuer entre 150 et 180 personnes à la fois

Les habitations du personnel nazi

À la sortie du camp, près de la Kommandantur, deux grandes maisons, transformées en musée, sont à visiter. Ce sont les logements des plus hauts gradés nazis. Ils vivaient là avec leurs familles, femmes et enfants.

Un peu plus loin, tout près de l'entrée, une dizaine de petits immeubles servaient d'habitation pour le personnel moins gradé et leurs familles.
Ces immeubles sont aujourd'hui des auberges pour les enfants et adolescents qui viennent, en classe, visiter le mémorial. Une excellente initiative à mon sens.

Conclusion

Je suis très satisfait de cette visite pour bien des aspects :

Premièrement, bien sûr, il s'agissait pour moi de me rendre sur le lieu des derniers moments de vie de Charlotte, mon arrière-grand-mère. Je suis heureux d'avoir pu, sur place, lui rendre hommage.

Ensuite, même si j'ai beaucoup lu de livres et regardé beaucoup de documentaires sur Ravensbrûck, se rendre sur place est sans égal pour s'imprégner de ce camp, de son histoire, de son organisation et de la vie d'esclave et de la mort des prisonnières.

Enfin, à l'heure où le nationalisme extrême et la ségrégation (à la base du nazisme, ne l'oublions pas...) se propagent de nouveau au plus près de nous, la visite de ce camp de concentration ne fait que conforter mes valeurs d'ouverture, de partage et d'entre aide, si chères aux généalogistes, et que, j'espère, vous entrevoyez dans chacun de mes articles. 

18 commentaires

Publiez un commentaire

  • Très émouvant. je ne sais pas si je pourrais faire cette visite, la seule pensée de ce qui s’est passé là me déchire le cœur. Merci pour ce témoignage.

  • Merci pour votre témoignage. Ma mère, bien que n’ayant “pas trop” souffert de cette guerre et ne partageant pas mes idées politiques, nous a bien transmis, à mon fils et à moi, l’horreur des doctrines nationalistes. Tous les témoignages font vivre la mémoire…

    • Merci pour ce commentaire.
      En effet, nous avons tous un devoir de mémoire envers nos ancêtres et nos proches. C’est aussi l’un des objectifs de la généalogie, il me semble.
      Bonne journée

  • Merci pour la relation de cette visite et votre témoignage. J’imagine votre émotion. Il ne faut surtout pas laisser tomber dans l’oubli cette période et les atrocités commises.

  • Très émouvant.
    une période de l’Histoire qu’il ne faut surtout pas oublier.
    La mémoire est parfois bien volatile, surtout en ce moment…

  • Merci pour ce témoignage.
    J’ai moi aussi rendu hommage à mon oncle décédé à Neuengamme le 15 janvier 1945

  • Emouvant témoignage : rendre hommage à ceux que la barbarie à tués est le moins que puisse faire leurs descendants.

  • Bonjour,
    Je vous remercie pour votre document car j’essaie de faire la généalogie de ma belle mère une femme remarquable qui a été interné à Ravensbrück .
    Je vais essayer d’imprimer vos documents pour les mettre dans mon dossier .
    Mille mercis pour votre travail Mme Fauret

      • bonjour
        Oui avec grand plaisir car j’essaie de trouver ce que je peux et cela me ferait vraiment plaisir et c’est gentil de votre part .
        Ma belle mère à été déportée suite à une dénonciation anonyme (résistante).
        Madame Fauret Jeanine née RYLSKI le 15 mars 1910 à PICKARY (Pologne).
        mariée avec Mr Fauret elle habitait 52, avenue Gambetta Saintes17.
        j’ai deux période prisent en compte 9/12/1942 au 26 avril 1943 & 27 avril 1943 au 26 avril 1945
        arrêtée le 9/12/1942 prison de Saintes déportée le 30/04/1943 ai camp de Ravensbrück rapatriée le 10/07/45 avant de rentrer chez elle elle est allée en Suède elle a prit la nationalité Française .. En vous priant d’accepter mes remerciements bien cordialement Mme Fauret

        josette.fauret@gmail.com

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